LE PROJET RACINES

En juin dans le bassin minier, les terrils ont participé à une installation originale via une projection de visages et de témoignages d’habitants du bassin minier : Le Projet Racines

Quintessence – Clement Lesaffre – Valentine, Loos-en-Gohelle, janvier 2018

Rencontre avec l’auteur du projet Clement Lesaffre

Clément Lesaffre c’est un nom du Nord, Qui êtes vous ?

Oui en effet, mais je n’ai, à ce que je sache, aucun lien avec tout ce qu’on leur attribut (levure, imprimerie, garage auto, etc…). Je suis né à Lesquin en 1985. Très tôt une attirance pour l’art, la création, le dessin. Mes amis de classe de primaire me donnaient leurs dessins pour que je leur fasse. Je me retrouve à 6 ans dans un cours de peinture au LAM de Villeneuve d’Ascq et je sentais déjà cette forme d’expression qui me convenait déjà puisque très silencieux et introverti, passionné de lecture avec une vie intérieure intense ou je me plaisais à imager des mondes, souvent utopiques. Mais cette prof a réussi à me faire éloigner de cette pratique et de ce mode d’expression, car je prenais déjà trop de libertés dans ma manière de peindre. J’ai donc eu une vision de l’art éborgnée et traumatisante puisqu’elle décida de me “radier” de son cours pour non-respect des consignes…Un modèle d’Art pas vraiment exemplaire à mes yeux d’adultes.
Puis, pendant une scolarité chaotique faite en Belgique, un prof de math, dans un programme de comptabilité a remarqué les dessins que je faisais dans mes marges de feuilles. plutôt que de me punir, il me proposa d’aller voir en face en m’encourageant, aux journées portes ouvertes de l’Institut Saint-Luc de Tournai. Et depuis, j’ai pu renouer avec la création en commençant par l’illustration où très vite, je fus remarqué. Après quelques années de pratique et d’expositions (cathédrale de Tournai, et le Festival de la BD d’Angoulême) mes années adolescentes m’ont fit reprendre foi. On ne nous apprend pas à vendre, nous élèves “artistes”, j’ai donc décidé très tôt de le faire en vendant ma première oeuvre à 17 ans. En effet, je me suis intéressé à ce que je pensais être le gagne-pain d’un artiste.
Septembre 2004 : entrée à l’Académie des Beaux-arts de la même ville, section “recherches sonores, picturales et tridimensionnelles”. Devant moi se dessinait un champs d’exploration infini : photo, vidéo, peinture, (dé)peinture, sculpture, sérigraphie, composition musicale et sonore, etc… Une liberté amenant à la “perdition identitaire” tellement jonchée de richesse et de curiosités techniques et subjectives insatiables.

On a pu assister à cette projection originale sur un terril à Loos-en-Gohelle, c’est quoi le Projet Racines ? Depuis quand il est commencé ? Jusque quand et pourquoi ce projet ?

Etant petit, j’aimais faire la corrélation entre l’homme et l’arbre. Nous avons nos racines, nous cherchons à nous étendre comme le fait la cime sans empiéter sur celle de son voisin. J’aime cette image. Aujourd’hui, je me questionne encore sur la question de racines, c’est peut-être pourquoi je m’efforce de connaitre celles des autres. Depuis mes études secondaires, le portrait et le corps et le regard, peint et photographié, a toujours été moteur dans ma création.

Ces sujets sont pour moi un biais de connexion extérieur le plus direct avec l’âme, ce que j’essaye de saisir à chacune de mes rencontre lorsque cette dernière m’y permet l’accès. Le Projet Racines, né en 2013, c’est du voyage, des rencontres et de l’intuition. A travers le continent américain, chez les exilés de Calais et dans beaucoup de départements en France et en Belgique, j’ai rencontré quelques centaines de personnes à qui j’ai figé le portrait photographique. 

Yousseph, exilé de Calais, Novembre 2015

Durant cet échange, l’habitant qui s’est confié me donne une indication de lieu, et sur sur ce dernier que je vais me rendre pour projeter son image. Il y a donc toujours un sens et un lien entre l’environnement et la personne, la projection et le fait de figer à l’éternité ces deux éléments via des techniques de projection matérialise ce lien. En exemple, un hommage aux amérindiens du Newbrunswick au Canada. J’ai rencontré durant une semaine entière plusieurs habitants de la réserve amérindienne Elsipogtog, membres de la grande tribu Miꞌkmaq (ou Micmac). Après des moments de vie partagés, la confiance s’est liée et certains membres m’ont offert leurs histoires et leurs portraits. Il m’ont raconté celle de leur tribu et m’ont donné des pistes de lieux afin de valoriser leur image. C’est donc à plus de 500 km de notre lieu de rencontre que j’ai décidé d’aller projeter leur portraits sur une ile entière parsemée de pins. Pourquoi? Sur cette ile il y a une grotte désormais historique qui a servi, en 1505, d’abri aux membres Micmac pour échapper à leur rivaux de la tribu des iroquois. Mais tous furent massacrés. Cette photo est donc un hommage au Micmac, représentés par ses descendants :

Tribute to Micmac (first nation people), Rimouski, Canada, aout 2015.

De plus, ce soir là, les aurores boréales dansaient et la voie lacté nous gratifiait de sa beauté. Un étoile filante apparut puisque nous étions en pleine nuit des Perséides au courant du mois d’aout 2015. Pour l’aspect making of, j’ai comptabilisé 12 000km sur les bords maritimes de la partie Est du Canada, de Montreal jusqu’au bout de l’ile de Terreneuve, avec à bord mon groupe électrogène, mon matériel de projection et ma brosse à dent. Il m’arrive de passer plusieurs nuits sur le même endroit afin d’attendre la météo idéale, le bon placement des astres, la bonne taille de lune afin qu’elle puisse éclairer le décors et d’obtenir un équilibre optimum entre projection et environnement.
Et un jour m’est venue l’envie de partager ces projections au reste du monde, du moins partager le fait de les vivres. Quand le vent souffle dans les feuillages d’un arbre sur lequel est projeté un visage, il se met à vivre grâce au mouvement des feuilles. Et je me sentais privilégié d’être aux premières loges des confidences de tous ces gens rencontrés en amont des projections, donc le fait de filmer ces témoignages me permet ensuite de les reporter sous forme d’un montage vidéo que je viens ponctuer de musique live et d’animation peintures. Le tout bien sûr sur un support le plus singulier possible et fort de sens pour tous ces habitants, comme un point de ralliement, fédérateur sur lequel ils s’identifient.

Cette restitution du projet en projection sur un terril, pourquoi ? D’autres dates pour voir le projet ?

Après ma rencontre avec 150 habitants du Bassin Minier, l’écrin/le lieu le plus sensé est bien évidement le terril, les plus hauts d’Europe de surcroit. 
Il y a en tout 3 futures dates : la prochaine est au Lac du Héron, dans le cadre de la fête du Lac, le samedi 8 juin à partir de 22h30.

Les deux autres : le 22 et le 28 juin prochain, sur d’autres terrils afin de faire profiter à un maximum de personnes cet hommage et de faire voyager les messages de cette vidéo, je m’efforce de donner du positif, tourné vers l’avenir dans ces vidéos projetées.

Clément Lesaffre – Azar, Bathurst, juillet 2015

Vos futurs projets sur le territoire des Hauts de France ?

Pas vraiment dans les HDF, mais plutôt au Canada cet été, continuer ce que j’ai commencé en 2015 : valoriser les amérindiens en juillet. Et poursuivre avec la Norvège et leur modèle écologique exemplaire en aout, à la rencontre de ses habitants, au volant de ma voiture-maison et de mon matériel pour le mois d’aout-septembre. Et finir fin septembre par les championnat du monde d’apnée à Villefranche-sur-Mer, en effet, je pratique cette discipline et aimerai la croiser avec mon art. J’irai donc à la rencontre des pro pour les valoriser sur les lieu où ils s’entrainent…


Et, un projet que j’ai lancé en 2018 : l’Arctique. En effet, je suis à la recherche de personnes m’aidant pour mettre en place ce projet fou. Nous ne sommes pas au premier essai quant au challenge technique, humain et artistique que représente les missions du Projet Racines. C’est donc en toute logique que je chemine vers cette audacieuse mission de rencontre du peuple Inuit et de valoriser son image ainsi que sa survie sur le symbole fort du réchauffement climatique : l’iceberg.

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Quintessence

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