Charbonnay L’or blanc du terril

Certains accueillent une piste de ski, d’autres des randonneurs ou des parapentistes avides de sensations fortes… Les terrils du Nord-Pas de Calais, ces vestiges miniers classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, renaissent de leurs schistes.

L’une des reconversions les plus étonnantes est sûrement ce vignoble planté sur le flanc sud du terril 2 bis d’Haillicourt, près de Béthune. Alors que le réchauffement climatique pourrait bien transformer la région Hauts-de-France en terroir viticole dans un siècle, certains esprits avisés ont été précurseurs. En 2008, un vigneron passionné, Olivier Pucek, originaire du bassin minier, convainc l’un de ses amis et collègue viticulteur en Charentes, Henri Jammet, de se lancer dans cette aventure un peu folle. « J’ai toujours pressenti que les terrils étaient de bons terroir pour faire du vin : ce sont des milieux secs et chauds. Le Chardonnay est un cépage adapté aux régions plus septentrionales comme la Bourgogne et la Champagne et idéal pour les terres du nord. Il donne un vin blanc de qualité car il est précoce en maturité », explique-t-il. Le maire d’Haillicourt, Gérard Foucault leur met à disposition les terres escarpées du terril communal. Les premiers plants de Chardonnay, sont plantés en 2011 sur « le flanc sud bien exposé, bien ventilé pour éviter les pourritures. Les pieds ont mis quelques années à prendre, la première récolte a eu lieu en 2013. » Une Sarl « Les Vins Audacieux » naît, appuyée par une association « 2bis & Tertous ». Ses 120 adhérents ont droit à une bouteille de « Charbonnay », le nom du vin né d’un jeu de mots entre charbon et Chardonnay. Et chaque année, tous partent à l’assaut du terril pour vendanger les précieuses grappes d’un beau doré.

De là-haut, la vue sur le patrimoine minier donne des ailes. A plus de 100 mètres de hauteur, avec un dénivelé approchant par endroit avec les 80 %, il en fallait du culot pour planter 2 500 pieds de Chardonnay. Ce cépage donne un vin audacieux, aux notes citronnées et à la fraîcheur exceptionnelle. Le « Charbonnay », ce vin blanc né sur les rebuts du charbon sans aucun traitement chimique, développe ses arômes dans l’ancien presbytère de cette petite commune du Pas-de-Calais. Avec beaucoup d’humour, le chai a été installé dans l’ancien garage du curé ! 700 litres de vin soit un peu plus de 900 bouteilles – dont un tiers revient à la mairie – sont nés de la récolte 2017. Jusqu’ici, il ne pouvait pas être vendu. Mais il devrait pouvoir être commercialisé chez les cavistes d’ici 2018, jolie surprise de ce début d’année, annoncée lors d’une dégustation à l’aveugle chez Jean-François Buche, du restaurant « Au Départ » à Béthune. Une belle table 3 fourchettes au Michelin, et un restaurateur partenaire de l’aventure, à l’instar d’un Marc Meurin au Château de Beaulieu** à Busnes. Alors un peu de patience, vous pourriez bientôt acheter le premier vin du Nord-Pas de Calais, que certains bons cavistes tels les Vins d’Aurélien (Lille) connaissent déjà bien !

L’avis d’Eric Dugardin, d’ « Œnologie en Nord, Goût et Vin », Sommelier à domicile et formateur. Vice-Meilleur Sommelier de France

C’est un “astéroïde” un vin incroyable en seulement 4 récoltes. Pureté aromatique, équilibre inattendu entre fraicheur et générosité (acidité et alcool), une palette d’arômes digne d’un Jurançon sec, la tension d’un Chablis 1er cru. Il est unique. C’est un privilège que d’adhérer à cette association et de contribuer au suivi du vignoble.

 

 

Bruno

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs requis sont indiqués *